POURQUOI ARRETER DE FUMER EST SI DIFFICILE ?

Lorsque l’on évoque addiction, on l’associe souvent à alcool, drogue voire aux réseaux sociaux mais il est bien rare que l’on pense de suite au tabac et pourtant….

Et pourtant, les chiffres le montrent: en France, il y a 16 millions de fumeurs soit 32% de la population adulte. Les fumeurs sont donc bien présents dans notre société et selon les scientifiques, il y a plus de personnes qui deviennent fumeurs que de personnes qui cherchent à arrêter. En France, il est estimé que 400 000 à 500 000 fumeurs cherchent à arrêter de fumer chaque année. Ce qui ramené au nombre de fumeurs est peu. Le tabac est donc une substance dont on ne peut pas  se passer si facilement (et ce malgré un certain discours qui consiste à dire: « moi, j’arrête de fumer quand je veux »). Pour comprendre cela, les neurosciences nous expliquent ce phénomène addictif du tabac. I

Depuis quelques années, nous savons que les produits qui génèrent une dépendance sont des produits qui libèrent de la dopamine. La dopamine se situe dans le système sous-corticale, le noyau accumbens qui participe au circuit de la récompense. En effet, face à l’envie de manger, de faire l’amour, de boire, une valeur hédoniste se met en place par le biais d’une activité des neurones dopaminergiques. Si cette récompense, cette recherche du plaisir est nécessaire pour la survie de l’espèce, elle peut devenir toxicomanogène dans le sens où la stimulation réalisée par certaines substances psychoactives provoque une trop forte augmentation de la dopamine et des lésions sur le cerveau à terme.

Le tabac ou plutôt la nicotine est une substance qui va venir stimuler ce circuit de la récompense ou du plaisir. Pour prouver le caractère addictif du tabac, des chercheurs ont injecté des halopéridol qui est un antagoniste dopaminergique, ils se sont aperçus que cela provoquait une augmentation de la consommation de tabac et que le prise à l’inverse d’un inhibiteur dopaminergique en diminue la consommation. Toutefois, cette augmentation de la dopamine s’arrête en quelques minutes, d’autres mécanismes interviennent aussi dans le caractère addictif de la nicotine:  il s’agit de la nicotine qui agit elle même sur les neurones Gabaergiques et glutamatergiques et qui permet une permet une activation prolongée de la transmission dopaminergique. Dans le cadre de la consommation de tabac, 2 circuits se mettent en place: un lié à la stimulation de la dopamine et un autre qui agit directement sur les récepteurs empêchant toute recapture de la dopamine.

Ainsi pour un arrêt du tabac, 2 choses essentielles sont à retenir: d’abord un arrêt total et non progressif du tabac avec éventuellement un accompagnement médicamenteux qui vise à habituer progressivement le cerveau à ne plus recevoir de nicotine (il est préférable que ce traitement soit prescrit par un addictologue qui adaptera les doses en fonction de la personne, de son niveau d’addiction etc…). La deuxième chose à retenir vise plus particulièrement la personne qui a cessé de fumer : il est absolument déconseillé de fumer à nouveau même une seule cigarette car malgré le temps/traitement, le cerveau garde en mémoire sa dépendance à la nicotine et le moindre contact avec la nicotine, replonge la personne dans une dépendance qui peut s’avérer encore plus addictive qu’auparavant.

Parallèlement à l’arrêt du tabac et éventuellement à cet accompagnement médicamentaux, un soutien psychologique peut être proposé de façon à accompagner la personne dans sa démarche. Il s’agira d’une simple thérapie  d’accompagnement psychologique à l’arrêt du tabac. Il s’agira aussi pour le psychologue d’aider le patient à savoir repérer l’émergence de toutes tensions psychologiques susceptibles de venir mettre en échec la démarche. Car la cigarette a un effet apaisant à court terme. Ainsi lors de tensions, la personne ressent une envie d’ordre psychologique de fumer une cigarette. Pendant cette période de sevrage qui vulnérabilise la personne, il s’agit ainsi d’éviter le plus possible ces situations de tensions.

Parlement à cet effet destressant, le tabac a aussi un effet anti-dépressif, ce qui explique que des épisodes de dépressions peuvent survenir lors d’un sevrage tabagique. Dans ce cadre là,  le travail de psychologue sera alors de dégager avec son patient les éléments de sa vie qui expliquent cette tendance à la dépression.  Cette psychothérapie aura pour but de pallier l’absence de consommation d’une substance anti dépressive en faisant émerger et en réduisant les causes d’une tendance à la dépression.